[CR][LONG][2/3] 71ème Rallye de l'Ain

Rien que la piste
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sml
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[CR][LONG][2/3] 71ème Rallye de l'Ain

Message par sml » 31 mai 2008 00:50

==== The J day ====

Réveil dans la bruine. C'est pas l'orage, mais l'humidité ne nous quittera plus du WE.

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On profite du temps libre pour aller voir les premiers départs, puis faire un tour dans la première spéciale. Elle est bien détrempée, bien luisante, miam miam...

Un double droite en aveugle, sur route dégueulasse, trempée, sur laquelle les sides déversent de la terre à la corde à chaque passage, et qui conditionne le rapide derrière....

Euh... OSKOUUUUUUUUUURR !!!

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Les sides assurent le spectacle :

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Mais les motos sont vraiment à l'arrêt. Finalement, ça nous rassure plutôt : tous égaux devant les conditions de merde :) :)

Bon, l'heure tourne, et c'est bientôt à nous de prendre le départ. La pression monte doucement. On s'équipe, on vérifie une dernière fois la moto, et à l'heure dite (à la minute près), on se présente au départ pour recevoir son carton.


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Sur ce carton est à chaque fois mentionnée l'heure de passage, et le nombre de mn dont on dispose pour se rendre au CH suivant. En l'occurrence ici 9 mn, pour parcourir les 7,7 km qui nous séparent de la première spéciale...

Le sol est bien humide, souvent trempé, j'essaie de rouler "un peu" fort pour tester l'adhérence. Une bonne grosse raquette à l'accell' répond à ma question : même sur le mouillé le SuperCorsa ça accroche, mébon, faut pas pousser mémé dans les orties non plus, hein !

Arrivée sans souci à la spéciale. Par contre mes savant calculs d'arrivée pile-poil à l'heure avec les pneus chauds sont ruinés par la file d'attente (une douzaine de moto) au départ de la spéciale. :(

== Cette fois-ci on y est ===

J'ai donc gagné un bon quart d'heure de cogitation gratis. Au début pas de souci. On cause avec les uns les autres, on pense à autre chose, tout se passe bien...

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Puis quand la file diminue il est temps de ré-enfiler les bouchons d'oreilles, le casque, de zipper le blouson, de remonter les gants.

Et là tu te retrouves tout seul sous ton cuir, au pied de 2,5 km de montée détrempée qui commence par deux épingles glissantes à mort, sur la moto avec laquelle t'es sensée rentrer chez toi le lendemain par la route, et un chrono qui va te pousser au cul toute la montée...

T'essaie de te réconforter en te disant que c'est ton premier Rallye, que le chrono c'est pas important, que de toutes façons les autres se trainent aussi.... tout ça c'est bullsh*t, t'es vraiment seul comme un con et tu transpires à grosses gouttes sous ton casque quand le gars t'annonce "20 secondes....10 secondes....5,4,3,2,1, GO !".

Et là tu ne cherches plus à comprendre... T'ouvres en grand, tu sens la roue qui se soulève, tu passes la deux, et tout de suite faut freiner pour la première épingle à gauche. Miracle elle passe super fluide, je remets du gaz en sortie, finalement ça tient, j'arrive dans la suivante, je me la joue cool et en fait ça passe bien fluide, je crois que c'est mon meilleur passage dans ces deux épingles. Ca me remonte le moral grave, ça me décontracte complètement, et je soude tout ce que je peux sur le reste du parcours, (qui est désormais quasi sec), tout en gardant sous la main dans tout le sinueux faute de savoir exactement à chaque fois ce qui m'attend au prochain virage..:?

Verdict 1:48
Aucune idée de ce que ça représente, mais je mets Ben, ça me suffit pour me donner la banane jusqu'à la prochaine (comme quoi des fois ça ne tient à pas grand chose :) :) )

Comme on n'a que 4 n° d'écart et que les temps impartis pour le routier sont relativement "lâches", je l'attends à chaque fois en haut des spéciales et on roule ensemble, au rythme de "c'est pas tout ça mais on a 4 mn à rattraper", ce qui maintient éveillé. Comme je connais le routier on ne se pose pas trop de questions, et ça roule pas trop mal...

== C'est qu'on en deviendrait presque rodés ==

Une fois que c'est parti et qu'on a pris le rythme, le reste de la journée s'enchaîne plutôt bien, comme l'a raconté Ben. On se plaisir à rouler ensemble, sans trop de stress, on se tire la bourre dans les spéciales un coup toi un coup moi, l'assistance (Aude & Kidur) sont toujours parfaitement au RdV, bref c'est une super journée de roulage tout comme j'aime, finalement sans plus de pression que ça, si ce n'est un peu quand même au départ de chaque spéciale... :)

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Pour cause de dérive horaire le parcours sera amputé de 20 km et d'une spéciale, mais honnêtement, après avoir roulé quasi non-stop de 12h44 à 19h00, c'est bon merci j'ai ma dose pour l'instant...

Mais c'est pas fini...

=== Quand y'en a plus y'en a encore ! ===

Après avoir pointé la fin du routier de jour, on nous laisse un peu de temps pour préparer les bécanes pour la nuit. En l'occurence changer le RB, et monter les éclairage additionnels pour ceux qui en ont besoin.

La mienne ne nécessite pas de bricolage particulier, et celle de Ben sera rapidement prête, au prix de quelques étincelles et perdage de goupilles :)

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Ceci dit c'est vite plié, ramenage des motos au parc fermé, prise de connaissance des résultats (55 & 56èmes sur 150, pas pire !), mangeage et sieste rapide avant d'attaque la nuit (départs 23h54 & 23h58).

Finalement on n'est pas trop mécontents de nous. La météo a bien sûr brouillé les cartes, et tout le monde n'a pas bénéficié des mêmes conditions, mais dans le fond on n'est pas trop ridicules... Ca nous rassure. :) On aurait même un peu de pression, en fait. A se dire qu'on peut p'têt rentrer dans les 50, après tout, si on ne merde pas trop...

http://www.ffmoto.org/_RESULTATS/telech ... ALITES.pdf

En tous les cas je pense qu'on n'a pas à rougir, et ça nous permet de garder le moral...

=== C'est glissant, une épingle, la nuit.... ====

Quand le réveil sonne sur le coup de 23h15 on se demande un instant à quoi rime cette connerie, mais finalement on se remet vite dans le bain... Le temps d'enfiler ses fringues, les bottes, le bordel, et nous voilà prêts à partir...

Il a bien plu toute la soirée, ça s'est interrompu mais c'est toujours trempé par terre, bref les conditions ne s'améliorent pas...

Départ prudent, on rejoint facilement la spéciale où, comme ce matin, une longue file d'attente s'est formée.
La difficulté de l'exercice, c'est qu'on n'a vraiment aucune info sur l'état du revêtement. Les Xénons ça éclaire, certes, mais pas suffisament pour lire correctement l'état de surface... Va falloir improviser !

Histoire de garder toujours un petit challenge, je me suis fixé pour objectif de rentrer dans les 50... On verra bien.

"5, 4, 3, 2, 1, GO !"

Comme par 2 fois déjà je m'élance gaz en grand dans cette spéciale. Grosse accell', freinage, finalement le sol n'est pas si pourri, la réaccell est même presque sèche, j'ouvre en grand. Me remémorant mon premier passage de l'après-midi, je me dis que pour la seconde épingle j'ai intérêt à la prendre bien à l'exter', pour ne pas avoir à trop pencher la moto et pouvoir ré-accélerer trop tôt...

Mais à peine j'arrive sur l'extérieur et que je coupe les gaz en penchant un peu la moto que l'avant (ou l'arrière, je ne sais plus) de la moto se met à danser la salsa. Droite/gauche/droite/ BOUM ! Putain j'ai croisé les skis !:shock: :evil: :evil:

Et MEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEERDE !! PUTA*IN DE BORDEL DE MEEEEEEEEEEEEEEEEEEEERDE !!

J'éructe comme un goret sous mon casque, j'ai de la sueur dans les yeux, je ne vois rien autour de moi à part la moto couchée sur le flan droit, à moitié dans le fossé, et ce chrono qui continue à faire tic-tac dans ma tête...

P*tain fait CHHHHHHHHHHHHiieeeeeeer !!!!

Bon. Je n'ai rien, j'ai chu à 30 à l'heure, je me précipite sur la moto, des spectateurs m'aident à la relever, et je repars aussi sec, énervé, écoeuré, dégouté, trempé, avec un phare additionnel qui éclaire l'axe de roue, et j'essaie de me frayer un chemin à travers la spéciale...

Bilan 3:00, alors que les autres tournent autour des 2:00.

P*TAIN CHUIS DEG' !!!!

Impossible de faire baisser la colère.

J'inspecte rapidement la moto à la lumière du Point Stop. Aucun dégat apparent à l'exception du flan légèrement rapé. C'est du solide ces bestiaux !
Je remets l'additionnel dans sa position d'origine, et je reprends la route pour essayer de me calmer.

Mais j'ai vraiment du mal. Dans les 50 km qui me séparent de la prochaine spéciale, je passerai mon temps à être dégouté/écoeuré/énervé contre moi-même.
Ce roulage de nuit devait être un plaisir, ça en devient une purge. Je roule parce que je suis là, et que je suis du genre têtu, mais le plaisir n'y est plus.

Je m'étais juré de ne pas finir par terre. Et je me faisais une telle fierté d'avoir réussi à assurer dans ces conditions difficiles... Mon égo s'en est pris une bonne dans les dents, et ça m'a bien calmé.

Sur la spéciale suivante j'essaie quand même de faire bonne figure. Je sens bien que je ne casse pas 3 pattes à un canard, j'ai du mal à lire la route, je coupe trop tôt, je crois voir arriver le virage alors qu'il m'attend sagement 50m plus loin, bref c'est pas top mais j'arrive en haut sur mes roues. Ca m'aide à digérer, ça me redonne (un poil) de moral et de confiance en moi, et ça me permet de me détendre et de mieux profiter de la fin de la boucle...

Parce que quand même, rouler de nuit sur des petites routes de campagne, complètement seul, à la seule lueur des phares, c'est quand même un moment assez grandiose et assez magique, qu'il serait très con de ne pas savourer...

La boucle prévoit un dernier passage par l'ES1 où je me suis bourré plus tôt. J'ai bien retenu la leçon, cette fois-ci j'assure, je reste sur la traj' "conventionnelle", et je m'applique à arriver en haut sans escale. De toutes façons pour le classement c'est mort, alors "Chrono can wait".

Je finis tranquille la boucle, et à 2h55 c'est la délivrance avec la remise du carton au dernier CH, et la fin pour moi du 51ème Rallye de l'Ain et de mon premier Rallye Routier.

Mais je vois que la soirée est loin d'être terminée puisque la terrasse du bar situé juste à coté déborde des potos-qui-vont-vite et qui ont terminé il y a plus de 2 heures...

J'ai hâte d'aller les rejoindre pour décompresser, savourer et réfléchir un peu à chaud à tout ça !

Après 500 bornes de moto bien remplies dans la journée, ça fait du bien d'enlever son cuir sous le coup de 3h du mat', c'est moi qui vous le dit !

Allez, fini le stress et la pendule, c'est l'heure des réjouissances (et des remords, aussi, un peu)

(A suivre....)
Knowledge is not a crime. Stay curious.

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