La reco de cani41 est disponible sur la page d'avant, il est nouveau et il fallait que je valide son message
cani41 a écrit :Bon, ben à mon alors pour le CR.
Rallye Grand Sud, 10 octobre 2015
Tout à commencé par un mail de Sébastien SML, fin août, « petit rallye sans reconnaissances autour du Mont Ventoux, pas de roulage de nuit, copains , allez, chiche !».
Bon sang, la date du 10 octobre me rappelle quelque chose. Vérification faite, ça donne du 22 ans jour pour jour depuis mon dernier rallye, en 1993, finale du championnat de France, à Romans.
Je me tâte, je me tâte, j'en parle à Rachel, qui me dit « mais fonce si tu en as envie, c'est une belle occasion » (merci chérie !).
J'avais suivi SML sur le Moto Tour 2012 en assistance rapide, et c'était tout de même très frustrant de contourner toutes ces spéciales alors, ça me démangeait pas mal.
Je m’inscris donc, après avoir contacté mes potes de moto, Jumbo, Eric, Féfé, et seul Jumbo et sa Triumph 800 Tiger, après un premier rallye des garrigues en 2014 finira par s'inscrire.
Tout ça me laissait un bon mois pour préparer un peu ma fidèle KTM 950 SM, 2006, 67000 kms. Bon, j'y fais quoi ? Ben, t'y mets des plaques numéro, un road book manuel, un compteur de vélo étalonné comme tripmaster, deux pneus, et zou. Ready to race les KTM qu'y disent.
J'y colle donc un train de Michelin PR3, pneu très routier,« tu verras c'est super » me dit un gars chez Dafy Moto à Nîmes...
Un challenge par équipe étant prévu sur le rallye, SML commence à rameuter ses connaissances, nombreuses et variées.
Cet homme est un fédérateur né, et c'est une équipe de 10 pilotes qu'il réunit pour le jour J, la troupe presque complète du DDMT 2012.
L'équipe est hétéroclite, entre Benoit, récent vainqueur du rallye des volcans, avec sa KTM 690 SMCR bien préparée, Maxime Delorme, régulièrement dans les 5 au championnat de France, KTM 990 SM stock de chez stock, Jean-Marc du Tarn, 61 ans, DDMT 2012, avec sa nouvelle BM R1200R, Jérôme, poteau de Max en 600 CBR, dreadlocks jusqu'aux genoux, Eric, 990 SMT, un parisien qui roule vite en virages ( ?), Marie et Cyril , le couple de rallymen-women, 2 DDMT, de nombreux rallyes, et leur organisation au top, Ducati 821 SM pour elle, KTM 990 superduke pour lui.
SML ressort sa KTM 950 SM de 2006 de sous la poussière, et celle-ci comprendra vite qu'elle doit retourner au charbon malgré ses 120000 kms bien sonnés.
Je me retrouve donc à charger ma moto d'un gros sac le vendredi matin, direction Carpentras et son hippodrome. Je choisis soigneusement un emplacement central, je suis dans les premiers arrivés, et tout ce petit monde débarque peu à peu. Filipe est descendu de Paris en Kawa 650 pour nous donner un coup de main en assistance (il l'avait déjà fait sur le DDMT 2012), Eric en 990 SMT avec sa magnifique combi orange qui nous piquera les yeux tout le WE, Benoit et Virginie, sa compagne.
Nous nous décidons pour un « petit roulage » après les vérifications techniques et administratives, et c'est à 5 qu'on partira vers le col de Murs, tout proche. Premières glisses du WE pour moi, derrière un Benoit tout en travers, qui finit par s'arrêter en disant qu'il a crevé tellement il glisse. Ben non, c'est juste que le Vaucluse -et Murs en particulier- présente ce mois d'octobre des routes très glissantes, sales, poussiéreuses parfois, en tout cas assez piégeuses. On continue notre boucle par les gorges de la Nesque, toujours magnifiques, avec enfin un peu de grip, et retour au paddock.
Celui-ci s'est peuplé des habituels barnums, tentes, fourgons, et le reste de la troupe est arrivé. C'est un joyeux bazar, avec des motos de toutes sortes, et toujours la joyeuse animation d'un paddock de rallye. Mon pôte Féfé, animateur des CFRR 1998-2004 me disait encore « c'est plus ce que c'était, c'était mieux aaavant, regarde ces superbes camions, ça s’embourgeoise ». Ouais, faut quand même le dire vite, 200 personnes sur l'herbe, des tentes, 2 wc lavabos à 200 m, pas de douches, pas d'électricité, pas de lumière, tout le monde qui bricole par terre, on n'a pas vraiment la même notion de l'embourgeoisement...
Nous, entre les Poncet et les Heintz, on est super royaux, avec deux tables et presque des chaises pour tout le monde, deux groupes électrogènes.
Les motos sont toutes passées aux contrôles, elle sont alignées devant les tentes, c'est bien cool comme vision. Eric aura tout de même un petit problème au contrôle technique, qui trouve qu'un Shoeï RF 700 de 1999 ben c'est plus homologué en course. Il courra avec le casque de Virginie, deux tailles en dessous.
C'est devant d'énormes pizzas qu'on découpera nos road books, juste distribués en fin de briefing.
Tiens, les spéciales se trouvent derrière le Ventoux, dans la vallée du Toulourenc. Eric, mon pote viticulteur local débarque avec un magnum de blanc (merci !)et nous analyse tout de suite les spéciales, qu'il connaît bien : « mais si, souviens-toi, on y est passé en balade en 2012, dans l'autre sens ». Ah. Peut-être. J'ai beau me creuser la tête, je ne me souviens de rien. On verra bien, tout le monde part dans l'inconnu.
Petite soirée pizzas, où, sans dénoncer quiconque, je remarquerai que les jeunes loups de l'équipe tournent au coca, alors que Jumbo, Jean Marc et autres vieux briscards se préparent à la course de leur manière habituelle : clopes, pinard, bières, vieilles histoires.
Après une super nuit sous la tente, car il fait beau, doux, sans mistral, on se retrouve tous peinards au petit déj. Et oui, t'es pas au DDMT, sous la flotte à 4h du mat', t'es au rallye Grand Sud, au soleil, et une bonne journée de moto t'attend !
Nos binômes se constituent. Je roulerai avec Jumbo « j'y comprends rien à tes conneries de road-book, roule, je te suis ».
Après une heure de magnifique routier, Nesque, Sault, Montbrun, on se retrouve au départ de la première spéciale, à Brantes, col de l'air.
Toutes les motos sont arrêtées dans l'attente des dernières autorisations de la préfecture.
Tout le monde partira donc pneus froids dans l'inconnu. « Tu crois qu'il ferme le premier virage qu'on aperçoit ? Je vais mettre la trois. » »Moi j'y vais en deux » « moi chais pas, je verrai ».
J'ai le 46 (pardon d'avance Valentino !). Je vois donc partir Benoit, Jean Marc, puis SML.
Eric, binôme de SML décolle, c'est au tour de Max, 44.
« Chute au dernier virage » crache la radio. « c'est le 42 » MEEEEERRRRDDDDE !!!!!
C'est Séb.
On tend l'oreille et on entend le salvateur : « le pilote est OK, debout ». « Moto dégagée », « relancez les départs ».
Gloups.
5, 4, 3, 2, 1 GO ! C'est mon tour. J'ai le cœur à 160, je mets la trois avant le premier droit, et je ressors comme une bouse. « Calme toi, tu peux rouler à gauche ». Ben non, j'essaye, mais tous mes vieux réflexes et souvenirs (Sylvestre, si tu me lis...) me rabattent toujours trop à droite, même si ça s'améliore un peu sur la fin des 3,7 kms de spéciale.
Je glisse à toutes les accélérations, je ne trouve pas le grip, et ma méthode de conduite habituelle est super chamboulée. Je garde mon filet de gaz, mais dès que j'ouvre en sortie, je glisse. Pneus ? Goudron, poussière ? Je ne sais pas, mais j'avance pas ...
« punaise, t'aurais pu passer beaucoup plus fort ». Puis, je passe au dernier virage, entre-aperçoit la KTM de SML -re-gloups- et il attend après l'arrivée.
« Ca va comment ? »
« J'ai un peu mal aux côtes , mais j'y surtout les boules ! » répond-il. « File » !
27 bornes de routier jusqu'à la deuxième spéciale. Je récapitule un peu. Je glisse partout. Séb est tombé en glissant de l'arrière avec ses pneus pourtant bien plus sportifs que les miens, même moto...
C'est dans cet état d'esprit que j'arrive au départ. Je loupe une vitesse, super, ça commence bien, j'essaie de rouler propre, et me retrouve à saccader comme un cochon. Je ne garde pas de vitesse dans les virages serrés, je glisse, je glisse, et en sortant d'une épingle gauche en dévers en montée, je mets la louche de gaz de trop, travers monumental, je me rattrape d'un quasi high-side, et c'est avec de désagréables picotements dans les mains et des sueurs froides que je poursuis la spéciale. Je termine comme j'ai commencé, mal.
Tiens, mon trip master de vélo ne tripe plus. Je me colle donc à mes Saint Bernards, Marie et Cyril, qui sont une minute derrière. Jumbo et eux deux non plus ne sont pas satisfaits de leur prestation.
Le magnifique routier, Dentelles de Montmirail, Barroux, Paty, Col de la madeleine nous réconcilie avec le goudron.
De retour à l'hippodrome, et après 25 minutes d'attente, la cellule chrono de la spéciale dite « base chrono » tombe en rade juste avant notre passage.
« Annulée » disent les organisateurs, « reprenez le départ, horaires affichés au PC course ».
Houla, mais c'est qu'il devait y avoir 45 mn d'assistance. Il est 13h20, j'ai faim, j'ai plus d'essence !
« on est déjà en retard » nous dit Marie, de retour du PC course .
Tant pis, mais il faut manger deux bouts de pizza et faire les pleins.
Nous rattaquons donc le routier de l'après-midi sans trop savoir pour les pénalités. Je roule en trinôme maintenant qu'Eric a perdu SML. Et mon trip retombe en panne. J'avais pourtant refixé l'aimant avec du scotch sur le disque de freins... Curieux non ?
Je force un peu pour rejoindre Max, une minute devant.
Le routier est plus défoncé, Méthamis au lieu de la Nesque. Max ouvre sur la 990 SM avec autorité, Eric collé à ses basques. Tiens, un Parisien qui sait rouler dans les bosses et les virages ? D'où tient-il ça ?
On arrive bien en avance au départ de la spéciale 1-2. C'est mon tour, 5,4,3,2,1,GO !
Je me détends, me trouve toujours lent, mais je suis propre au moins, car j'ai décidé d'arrêter de glisser. J'arrive en haut avec une impression d'inachevé, mais au moins je ne me fais plus peur. J'ai presque réussi à utiliser la largeur de la route, vers la fin en tout cas. Mais j'ai quand même bien coupé au virage de SML, et au passage de la cellule.
Pas grave tout ça.
Je repars sur le routier, en attendant Jumbo et Jérome. Jérome a les bras et les épaules détruits pas le routier cassant et les bracelets de la CBR 600. Mais il roule bien et dit s'être fait vraiment plaisir à l'ES 1-2. Tant mieux. Ses dreadlocks font une énorme boule dans son sac à dos, à la surprise des commissaires qui nous tâtent la dorsale avant le départ.
Je force un peu sur le routier car je dois retirer les deux minutes d'attente de mes suivants qui n'ont pas de road book.
Départ ES 2-2. Je pars pas trop mal, je ne me fais plus peur maintenant que j'ai abdiqué sur les sorties de courbe, mais je n'arrive toujours pas à conserver ma vitesse au milieu du virage.
Pas grave, c'est l'arrivée, je ne suis pas tombé, et c'est tout guilleret que je retrouve Max à Malaucène pour la suite du routier. Une formalité, plus de danger quoi...
Max, qui a acheté la 990 SM d'occaze dans la semaine, commence à la prendre en mains.
Il attaque le col de la Madeleine comme un affamé. Je me glisse dans sa roue pour le meilleur moment du rallye pour moi. Voir Max rentrer comme un sourd dans les droits me fait rire dans mon casque. On s'envoie le col dans une bourre très propre, il me prend toujours dans les droits, mais je le remonte dans les gauches et le recolle à la faveur d'un dépassement alors qu'il allait s'envoler. On rentre roue dans roue dans Bédoin avec un éclat de rire. « c'est le meilleur spot du rallye » « je roule mieux qu'en spéciale ». Ben oui, moi aussi en fait... Mais c'était route ouverte là...
Les autres nous rejoignent et on finit le routier en « enroulage bien dynamique ». Tiens, Marie et Cyril ont « pris des pions » sur le dernier CH . C'est pas leur habitude, jamais perdus. Oui, mais « on a refait le routier du matin », avec 10 mn de moins, ça passait pas.
Séb SML est en radiologie à Vaison, mais finit à Orange pour de plus amples examens. Il aurait une côte luxée au niveau du sternum. Il a percuté le lecteur de road book. Eric, mon pote viticulteur propose son Jumpy pour rapatrier Mamie SM et Marylène, l'épouse de Séb, est arrivée. Elle n'est pas en colère, juste déçue, c'est une motarde, elle comprend.
On s'habille en civil pour l'apéro, pas de douche. Tiens, une bière à la place ? Eric et Sophie nous ont rejoint.
On boira du bon ce soir ! Sophie est viticultrice à Châteauneuf du Pape et nous a ramené un flacon. Eric a deux Restanques, l'aïoli n'a qu'à bien se tenir.
C'est bientôt l'affichage des résultats, mais je suis déjà ailleurs, dans l'après. Nous n'avons aucune idée des temps.
Eric arrive et me brandit un téléphone avec une photo des résultats. J'ai pas mes lunettes.
« Tu es 13 au scratch » Ah bon, ben finalement, c'est pas si mal.
Maxime est 4 !
Benoit est 6 !
On était inscrit en catégorie challenge à quatre avec Séb Fassouli de Bagard qui finit 5.
4,5,6,13 je suis le maillon faible...
Le rallye est remporté par L. Filleton, qui gagne les 4 spéciales avec un boulevard.
Max fait 4 au scratch, spéciales : 7 ;7 ;4 ;3 et 3 en twin. Un tour de plus ? Il prenait sa moto en mains...
Benoit fait 6 au scratch, spéciales : 3, 8 ;7 ;9 et deuxième mono !
Je fais 13 au scratch, spéciales : 14 ; 16 ; 8 ; 15 et 6 ème en twin. Je suis content de mon 8 ème temps à la 2-2. Comme quoi, la propreté, c'est mieux que la glisse.
Jean-Marc est 20, Eric est 27, Cyril 35, Marie 38 (pénalités CH), Jérome 39, Jumbo 56.
Il y a 22 ans, je faisais 11 au scratch avec une sixième place en spéciale comme meilleur résultat. J'en déduis donc que dans 22 ans, je serai 15 avec un 10 ème temps. C'est pas beau de vieillir...
Je suis le premier des plus de 50 ans, mais y'a pas de classement vétéran.
Notre équipe challenge 4,5,6,13 semblait gagnante mais il n'ont pas fait la remise du prix. Le deuxième organisateur, Michel, qui devait s'en occuper, étant encore en panne sur la route avec le fourgon transportant la moto de Séb... Elle se venge la Mamie SM !
Le grand gagnant, Laurent Filleton, repart avec... un pot de confiture. Classe !
On a donc poursuivi la soirée avec de grands Côte du Rhône dans des gobelets en plastoc, sur des bancs, et avec la bonne humeur habituelle des soirées de fin de rallye.
Tout ça n'a pas beaucoup changé depuis 1993...
Dimanche matin, Max et Benoît n'ont pas la tête et le foie des grands jours.
« Tu pourrais pas aller te coucher le soir comme les autres vieux? » me dit Benoît, toujours diplomate.
Ben non, moi, tant qu'il y a quelqu'un et de la lumière...
Michel, organisateur, ramasse les assiettes, nettoie les tables puis les WC.
Il ne rentrera pas dans ses frais, faute de participants.
Il reste des mecs pour organiser des épreuves où 81 fondus de moto se retrouvent pour rouler 300 bornes en virages et dormir sous la tente après une bonne bringue entre copains. C'est beau.
Merci au temps, magnifique tout le WE. Le Vaucluse nous a sorti la lumière de carte postale, à couper le souffle.
Merci à Séb de nous avoir de nouveau réunis, et prompt rétablissement.
Merci à Jumbo d'avoir rejoué le jeu avec une moto pas adaptée.
Merci aux organisateurs de persévérer dans une époque pas simple pour les sports mécaniques sur route.
Merci à ma famille, enfin, « Ca s'est bien passé ? »« Ben, hormis Séb, que du bonheur »
Pas merci à Dunlop pour le Sportmax de SML.
Pas merci à Michelin pour mes Pilot Road 3, pas du tout adaptés à l'exercice, et déjà flingués (à l'AR) en 1500 bornes.