[CR][LONG][26-27 Juin 09] Ultimate Rally
Publié : 15 juil. 2009 16:46
=== PRESENTATION ===
Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, l'Ultimate Rally c'est ça. Du concentré de Rallye Routier, "façon Moto-Tour", mais en plus intense encore, avec en particulier un "parcours de concentration" de 574 km, à réaliser entre minuit et 10h du mat', avant d'enchainer sur 3 étapes de Rallye (250 + 160 + 400 km) ponctuées de 9 spéciales.
Le résumé en image est visible ici.
Pour ma part, en quelques (hum..) mots, ce que j'ai retenu de cette aventure :
=== LES PREPARATIFS ===
Ce n'est pas mon premier Rallye, mais c'est la première fois que je participe à une compét aussi importante, et surtout, de part son coté "itinérante", impossible de se contenter du plan "on charge tout sur la moto" expérimenté en championnat de France... Et puis cette fois-ci on concours par équipe aussi, avec des assistants et tout et tout, un vrai team de Romanichels d'Usine, alors ça demande un peu plus de logistique que d'habitude...
Au passage, avec un pilote dans le 59, un dans le 75, un dans le 95, un camion dans le 28 et une remorque dans le 60, rassembler tout ce petit monde ça fait en bon entrainement préalable. Les 2/3 jours précédant la course sont consacrés à rassembler tout au même endroit. En comptant la virée dans les Alpes de la semaine précédente, je dois afficher un bon 3500+ km en 5 jours au moment du départ, donc bien rodé ça va merci
Coté moto, je n'étais pas super convaincu de mes 2 additionnels Xénon, je me suis donc fendu de 2 additionnels supplémentaires pour éclairer sous les roues. Avec environ 500 km de roulage de nuit en tout, un bon éclairage peut non seulement permettre de grapiller quelques secondes en spéciale, et de gagner en confort, donc en fatigue, sur la liaison... Certes ça risque de tirer un peu sur l'alternateur, mais à raison de 45W par ampoule ça me semble acceptable, on verra bien.
Coté pilote, moins roulé que d'habitude cette année, mais le "décrassage/mise en jambe" du WE précédent et les roulage du moins de mai se sont bien passés, je pars donc sans appréhension, et plutôt en confiance sur la moto. On verra bien (bis).
=== LE JOUR J ===
RdV sur Paris jeudi matin pour charger le camion, et accessoirement finir les préparatifs pour Eric qui a une vie de famille, lui, et donc un peu moins de temps pour prépararer la moto. Heureusement on avait eu le nez creux et on s'était filé rencart chez notre pote Isidore, qui tient le bouclard MECA SERVICE 92, à qui on sauvagement piqué les outils et le petit matériel dont on avait besoin pour finaliser tout ça.
11h, tout est fin prêt, et on se met en route vers Le Mans, notre ville de départ.
Arrivée dans les temps, on a l'air de vrais païlote de compétition avec notre gros camion, notre remorque... C'est que je n'ai pas l'habitude, moi.

On n'est pas les premiers mais presque :

Je reconnais quelques têtes que je salue, puis je me précipite au contrôles administratifs et techniques.
On récupère nos bô numéros de compéticheune, Eric bricole encore et toujours (un vrai passionné du bricolage ce garçon). Il est à peine 14h30, mais l'après-midi est chargée, et chaque minute de repos que l'on pourra grapiller sera précieuse pour le reste du WE. Je mets donc une amicale pression à mes camarades pour que l'on ne traîne pas trop.


Dès les formalités accomplies, on file chez Kathy, à 25 bornes de là, pour la séance de découpage/collage des RB, pendant que François et Filipe (l'Assistance) vont faire le plein de barres de céréales et dopants en tous genre au supermarché du coin.
Le temps de faire une courte sieste, et il est déjà l'heure de retourner sur le lieux de départ pour le briefing Pilotes. Le ciel est bien sombre, et ne laisse rien présager de bon pour la suite. Le parc fermé s'est d'ailleurs déjà copieusement fait saucer ..

On en profite aussi pour mettre le RB en place (et vu l'épaisseur du truc, ce n'est pas une mince affaire...).
21h30, on retourne chez Kathy. Souper, café, derniers préparatifs, dernier somme, premiers éclairs, la tension monte doucement, et alors qu'on savoure notre café au chaud dans le salon, la même pensée nous parcourt tous... "Mais qu'est-ce qu'on fout là nom de nom ? Y'a pas plutôt un bon film à la télé ce soir ?" Une fois rassuré par Télé7Jours qui confirme que non, comme d'hab', il n'y a rien d'intéressant à la télé, c'est sous la drache qu'on remonte au circuit juste à temps pour le départ.
Finalement on est presque à la bourre, donc on n'a pas le temps de se mettre un stress supplémentaire, à peine arrivé on enfile les combardes de pluie, on grimpe sur la brêle, et c'est parti pour 48h de portnawak !


Enfin, quand je dis "c'est parti", c'est façon de parler, puisqu'Eric et moi on était partis avec les réservoirs quasi vides (gros malins !), donc après 20m parcourus on se stoppe sur le parking, et à la lueur de la lampe torche, avec un entonnoir trop petit, un jerrican sans joint de bec verseur, on essaie tant bien que mal de verser plus d'essence dans les réservoir que par terre, manière de ne pas commencer la nuit sur une panne sèche.
De vrais romanos d'usine, je vous dit !
=== LE PARCOURS DE RASSEMBLEMENT ===
On avait décidé de faire la route à trois avec mes potes Eric (Speed 955i) et Marco (R1100S), manière de se tenir chaud, mais surtout de se serrer les coudes pour la nav' et en cas de pépin. On ne joue pas la gagne, on est avant tout là pour se faire plaisir, et on sait que la nuit sera longue, et les deux journées à venir, encore plus. On part donc sur un rythme "on ne traine pas en route, mais on gère notre effort". Il pleut, il fait nuit, et d'entrée on attaque les routes à chèvres, alors pas la peine de se la jouer "574 km de spéciales".
Eric n'ayant pas d'expérience du Rallye, et Marco un RB qui commence au KM 60, je propose d'ouvrir la route, avec Eric en "veilleur actif" derrière moi, le doigt sur le klaxon pour me signaler ses désaccords éventuels. Ca marche plutôt pas mal. Avec les 4 additionnels ça éclaire bien, et j'enroule sur ces vicinales et autres chevrettes, malgré la pluie, certes pas trop forte mais toujours présente quand même.
Jusqu'au moment où "Bjjjjjj". "Shutdown" comme ont dit. Plus de son, plus de lumière, coupure générale sur la Katoche. Et m*rde !!! Ca doit faire moins d'une heure qu'on est partis. Chuis blasé/énervé/dégouté, mais pas prêt à rendre la main pour autant !! J'incite Eric et Marco à repartir mais ils décident de rester groupir (merci les coupaings).
A la lueur de la frontale de Marco, démontage de la selle, inspection du fusible général. Merde, il est bon, c'est pas ça !
Inspection des 2 gros fusibles 30 A, ils sont bons aussi ? Merd'merd', qu'est-ce qui merde alors ? L'alarme fonctionne normalement, mais c'est tout. Plus de contact, plus de compteur, plus de jus, plus rien ? Meeeeeeeeerde ! Alors c'est quoi ce bordel !?!
Petit moment de panique/incompréhension/perdage de pied à ne rien comprendre à cette merde (et avoir le schéma de cablage dans la poche, à 1h du mat' sur la flotte t'y penses même pas). Puis je reprends mes esprits et je teste les fusibles un à un. Assez rapidement je trouve le fautif : "Ignition - 10A". Vive les fusibles de rechange sous la selle. On remet un neuf en place et ça repart. YEEEES !!!
La selle reprend sa place, le casque aussi, et après cette infortunée interruption, nous voilà repartis ! Pas fou, je ne rallume pas les additionnels, et me contente du Xenon de l'optique d'origine. C'est moins bien mais on fait avec, pas le choix....
Allez, roule !
La pluie se calme, les routes sèchent, mais sont toujours aussi cassantes, et on a du mal à tenir une moyenne correcte. Beaucoup d'intersections, d'embranchements, on passe notre temps le nez sur le RB. Sans compter les petites attentions du genre "chemin de terre sur 2 km" ou "attention passage de gué"... On ne se perd as trop, quelques demi-tours occasionnels mais rien de trop grave.
On voit bien que le temps passe et qu'on n'est pas du tout dans la moyenne impartie, mais on décide tacitement de garder notre rythme, parce que l'important c'est avant tout d'arriver, qu'l faut quand même se préserver pour les 3 étapes à suivre, et qu'on refuse de prendre des risques inutiles. On se permet même une ou deux courtes pause, le temps d'avaler un Mars, et ça repart... (ah ah).
C'est avec un vrai soulagement que nous saluons les premières lueurs du jour. L'aurore brumeuse et rougeoyante est magnifique mais on est vraiment trop à la bourre pour s'arrêter prendre des photos !!
C'est à l'heure du petit déj' que l'on atteind le CP de mi-parcours, déjà bien usés.

Et là, un coup de pied au cul ou une tape derrière la nuque, c'est selon : les premiers sont passés il y a plus d'une heure !!
Pourtant on n'a pas été si ridicules que ça puisqu'on en a doublé en route. D'ailleurs, on doit être dans les 20ièmes sur les 35 au départ, et d'autres arrivent encore :

On ne sera jamais à l'heure à Marcillat, ça ne fait aucun doute.
On se remémore alors les paroles de Pierrot au Briefing :" 3 mn de pénailté par CP manqué, et mise hors course en cas de retard sup à 30 mn. A vous de bien établir votre stratégie..."
Mais notre stratégie est claire ! On est venu aussi et beaucoup pour ce principe de parcours de concentration, unique dans les Rallyes moto modernes. On est venu pour se taper 574 km de petites routes, de nuit, pour rejoindre Marcillat. Alors on va aller au bout du délire, et on va ce les taper un à un ces maudits 574 km, sinon on va le regretter toute notre vie !
Et puis, au vu de la moyenne générale, personne ne sera à l'heure à Marcillat, donc pas dit que la mise hors course soit pleinement et rigoureusement appliquée.
On verra bien. Allez, une dernière RedBull, un dernier café-snickers, et en selle. C'est qu'on habite pas ici nous, et on n'est pas venu pour acheter le terrain.
On repart le mors entre les dents, mais la fatigue est palpable. On a tour à tour nos coups de pompe, qui se traduisent par des trajectoires de mygale et/ou une navigation approximative. Etre à 3 ça aide bien. Je pense que seul, dans ces conditions, pour moi ça aurait été jardinage garanti.
Au bout d'une paire d'heure je sens Eric et Marco mûrs pour une pause. Il doit être dans les 8h30, et il nous reste facile encore 200 bornes à parcourir (soit 375 km parcours depuis minuit - oui, je sais, on se traine)...
On sent la motivation faiblir. On a roulé sans quasi débander depuis minuit, et il nous reste encore au bas mot pour 3 plombes, voire même 4 au rythme où l'on roule. Pour une arrivée prévue à 9h41+1h de rab, c'est mort.
Histoire de corser le tout, la batterie de la Triumph fait des siennes et décide que la journée est finie pour elle. Ce qui finit d'achever d'Eric, qui saute sur l'occasion pour décider que ça suffit merci, et une fois la moto redémarrée par la grâce d'une belle pente qui passait par là, trace direct sur Marcillat avant de se retrouver à cours de batterie et de coco.
Marco et moi nous remettons en route, en mode 'pilotage automatique', genre on ne sait plus vraiment à quoi ça rime tout ça mébon, puisqu'on est là autant rouler.
Une dernière pause essence vers 11h, le temps de laisser venir la drache à nous. Marco commence à lacher du lest. Pour ma part le fait de me savoir presque arrivé me donne des ailes et je donne un dernier coup de collier, dont les derniers km sur la grande départementale qui mène à Marcillat, prise à toc alors que c'est une patinoire. L'abus de Red-Bull semble avoir des effets dommageable sur ma capacité de jugement, mais rien de tel pour se révéiller et affuter ses sens avant la journée qui s'annonce longue et éprouvante...
On finit par pointer nos mines déconfites à Marcillat à 12h40, après les 574 bornes les plus éprouvantes de ces dernières années !

(sur la gauche ce n'est pas moi mais ça aurait très bien pu).
Et là, Miracle, on me dit "Va te reposer, voici ton ticket, tu repars dans 2 heures !"
Je ne sais plus trop si je suis soulagé à l'idée que cette fichue mise hors course semble avoir fait long feu, ou terrorisé à l'idée de devoir repartir pour un tour dans 2h, toujours sous la flotte et sur des routes sans aucun doute au moins autant pourries.
Je me précipite dans la chambre d'hotel pour me reposer un peu, appelle Filipe pour organiser le changement de RB, le ravitaillement en bouffe et en essence, bref je suis remonté à bloc pour enchainer lorsque celui-ci m'annonce "Calme-toi, vu l'heure à laquelle tu as pointé, tu es hors-course. Ca s'arrête là pour toi ! ".
Ouch ! Tu parles d'un couperet. On était venus pour en chier sur 1300 km, et on n'a même pas parcouru la moitié que l'aventure s'arrête déjà.
Renseignement pris, je suis effectivement hors course, comme la majorité des concurrents, puisque 44 seulement auront pointé à l'heure. Dont Eric, qui avait coupé court, mais qui ne semble pas être le seul...
La blase.
Incompréhension, écoeurement se lisent sur les visages. Tout ça pour ça ? Respecter l'esprit et être privé de course, quand d'autres ont préféré tronquer pour pointer à l'heure ?
Quel est le sens de tout ça ?
De toutes façon il pleut, on est crevés, on est blasés (y'a qu'à voir la tête d'Eric), donc on va noyer notre chagrin dans le champ de boue du parc coureur, avec nos potes.

Picoler sous la tente avec mes potes, ce n'est pas exactement comme ça que j'avais imaginé mon vendredi, mébon, il y a pire dans la vie, alors on essaie de prendre ça avec philosophie. On est trop mauvais pour notre degré d'intégrité, faut qu'on assume...
Juste déçu quand même pour Corinne, venue spécialement pour nous voir, et privée de spectacle, et Filipe & François, à qui on avait vendu un truc super qui tourne finalement en eau de boudin...
Pour la peine je me ressers une seconde fois de salade de pâtes, tiens !

A suivre....
Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, l'Ultimate Rally c'est ça. Du concentré de Rallye Routier, "façon Moto-Tour", mais en plus intense encore, avec en particulier un "parcours de concentration" de 574 km, à réaliser entre minuit et 10h du mat', avant d'enchainer sur 3 étapes de Rallye (250 + 160 + 400 km) ponctuées de 9 spéciales.
Le résumé en image est visible ici.
Pour ma part, en quelques (hum..) mots, ce que j'ai retenu de cette aventure :
=== LES PREPARATIFS ===
Ce n'est pas mon premier Rallye, mais c'est la première fois que je participe à une compét aussi importante, et surtout, de part son coté "itinérante", impossible de se contenter du plan "on charge tout sur la moto" expérimenté en championnat de France... Et puis cette fois-ci on concours par équipe aussi, avec des assistants et tout et tout, un vrai team de Romanichels d'Usine, alors ça demande un peu plus de logistique que d'habitude...
Au passage, avec un pilote dans le 59, un dans le 75, un dans le 95, un camion dans le 28 et une remorque dans le 60, rassembler tout ce petit monde ça fait en bon entrainement préalable. Les 2/3 jours précédant la course sont consacrés à rassembler tout au même endroit. En comptant la virée dans les Alpes de la semaine précédente, je dois afficher un bon 3500+ km en 5 jours au moment du départ, donc bien rodé ça va merci
Coté moto, je n'étais pas super convaincu de mes 2 additionnels Xénon, je me suis donc fendu de 2 additionnels supplémentaires pour éclairer sous les roues. Avec environ 500 km de roulage de nuit en tout, un bon éclairage peut non seulement permettre de grapiller quelques secondes en spéciale, et de gagner en confort, donc en fatigue, sur la liaison... Certes ça risque de tirer un peu sur l'alternateur, mais à raison de 45W par ampoule ça me semble acceptable, on verra bien.
Coté pilote, moins roulé que d'habitude cette année, mais le "décrassage/mise en jambe" du WE précédent et les roulage du moins de mai se sont bien passés, je pars donc sans appréhension, et plutôt en confiance sur la moto. On verra bien (bis).
=== LE JOUR J ===
RdV sur Paris jeudi matin pour charger le camion, et accessoirement finir les préparatifs pour Eric qui a une vie de famille, lui, et donc un peu moins de temps pour prépararer la moto. Heureusement on avait eu le nez creux et on s'était filé rencart chez notre pote Isidore, qui tient le bouclard MECA SERVICE 92, à qui on sauvagement piqué les outils et le petit matériel dont on avait besoin pour finaliser tout ça.
11h, tout est fin prêt, et on se met en route vers Le Mans, notre ville de départ.
Arrivée dans les temps, on a l'air de vrais païlote de compétition avec notre gros camion, notre remorque... C'est que je n'ai pas l'habitude, moi.

On n'est pas les premiers mais presque :

Je reconnais quelques têtes que je salue, puis je me précipite au contrôles administratifs et techniques.
On récupère nos bô numéros de compéticheune, Eric bricole encore et toujours (un vrai passionné du bricolage ce garçon). Il est à peine 14h30, mais l'après-midi est chargée, et chaque minute de repos que l'on pourra grapiller sera précieuse pour le reste du WE. Je mets donc une amicale pression à mes camarades pour que l'on ne traîne pas trop.


Dès les formalités accomplies, on file chez Kathy, à 25 bornes de là, pour la séance de découpage/collage des RB, pendant que François et Filipe (l'Assistance) vont faire le plein de barres de céréales et dopants en tous genre au supermarché du coin.
Le temps de faire une courte sieste, et il est déjà l'heure de retourner sur le lieux de départ pour le briefing Pilotes. Le ciel est bien sombre, et ne laisse rien présager de bon pour la suite. Le parc fermé s'est d'ailleurs déjà copieusement fait saucer ..

On en profite aussi pour mettre le RB en place (et vu l'épaisseur du truc, ce n'est pas une mince affaire...).
21h30, on retourne chez Kathy. Souper, café, derniers préparatifs, dernier somme, premiers éclairs, la tension monte doucement, et alors qu'on savoure notre café au chaud dans le salon, la même pensée nous parcourt tous... "Mais qu'est-ce qu'on fout là nom de nom ? Y'a pas plutôt un bon film à la télé ce soir ?" Une fois rassuré par Télé7Jours qui confirme que non, comme d'hab', il n'y a rien d'intéressant à la télé, c'est sous la drache qu'on remonte au circuit juste à temps pour le départ.
Finalement on est presque à la bourre, donc on n'a pas le temps de se mettre un stress supplémentaire, à peine arrivé on enfile les combardes de pluie, on grimpe sur la brêle, et c'est parti pour 48h de portnawak !


Enfin, quand je dis "c'est parti", c'est façon de parler, puisqu'Eric et moi on était partis avec les réservoirs quasi vides (gros malins !), donc après 20m parcourus on se stoppe sur le parking, et à la lueur de la lampe torche, avec un entonnoir trop petit, un jerrican sans joint de bec verseur, on essaie tant bien que mal de verser plus d'essence dans les réservoir que par terre, manière de ne pas commencer la nuit sur une panne sèche.
De vrais romanos d'usine, je vous dit !
=== LE PARCOURS DE RASSEMBLEMENT ===
On avait décidé de faire la route à trois avec mes potes Eric (Speed 955i) et Marco (R1100S), manière de se tenir chaud, mais surtout de se serrer les coudes pour la nav' et en cas de pépin. On ne joue pas la gagne, on est avant tout là pour se faire plaisir, et on sait que la nuit sera longue, et les deux journées à venir, encore plus. On part donc sur un rythme "on ne traine pas en route, mais on gère notre effort". Il pleut, il fait nuit, et d'entrée on attaque les routes à chèvres, alors pas la peine de se la jouer "574 km de spéciales".
Eric n'ayant pas d'expérience du Rallye, et Marco un RB qui commence au KM 60, je propose d'ouvrir la route, avec Eric en "veilleur actif" derrière moi, le doigt sur le klaxon pour me signaler ses désaccords éventuels. Ca marche plutôt pas mal. Avec les 4 additionnels ça éclaire bien, et j'enroule sur ces vicinales et autres chevrettes, malgré la pluie, certes pas trop forte mais toujours présente quand même.
Jusqu'au moment où "Bjjjjjj". "Shutdown" comme ont dit. Plus de son, plus de lumière, coupure générale sur la Katoche. Et m*rde !!! Ca doit faire moins d'une heure qu'on est partis. Chuis blasé/énervé/dégouté, mais pas prêt à rendre la main pour autant !! J'incite Eric et Marco à repartir mais ils décident de rester groupir (merci les coupaings).
A la lueur de la frontale de Marco, démontage de la selle, inspection du fusible général. Merde, il est bon, c'est pas ça !
Inspection des 2 gros fusibles 30 A, ils sont bons aussi ? Merd'merd', qu'est-ce qui merde alors ? L'alarme fonctionne normalement, mais c'est tout. Plus de contact, plus de compteur, plus de jus, plus rien ? Meeeeeeeeerde ! Alors c'est quoi ce bordel !?!
Petit moment de panique/incompréhension/perdage de pied à ne rien comprendre à cette merde (et avoir le schéma de cablage dans la poche, à 1h du mat' sur la flotte t'y penses même pas). Puis je reprends mes esprits et je teste les fusibles un à un. Assez rapidement je trouve le fautif : "Ignition - 10A". Vive les fusibles de rechange sous la selle. On remet un neuf en place et ça repart. YEEEES !!!
La selle reprend sa place, le casque aussi, et après cette infortunée interruption, nous voilà repartis ! Pas fou, je ne rallume pas les additionnels, et me contente du Xenon de l'optique d'origine. C'est moins bien mais on fait avec, pas le choix....
Allez, roule !
La pluie se calme, les routes sèchent, mais sont toujours aussi cassantes, et on a du mal à tenir une moyenne correcte. Beaucoup d'intersections, d'embranchements, on passe notre temps le nez sur le RB. Sans compter les petites attentions du genre "chemin de terre sur 2 km" ou "attention passage de gué"... On ne se perd as trop, quelques demi-tours occasionnels mais rien de trop grave.
On voit bien que le temps passe et qu'on n'est pas du tout dans la moyenne impartie, mais on décide tacitement de garder notre rythme, parce que l'important c'est avant tout d'arriver, qu'l faut quand même se préserver pour les 3 étapes à suivre, et qu'on refuse de prendre des risques inutiles. On se permet même une ou deux courtes pause, le temps d'avaler un Mars, et ça repart... (ah ah).
C'est avec un vrai soulagement que nous saluons les premières lueurs du jour. L'aurore brumeuse et rougeoyante est magnifique mais on est vraiment trop à la bourre pour s'arrêter prendre des photos !!
C'est à l'heure du petit déj' que l'on atteind le CP de mi-parcours, déjà bien usés.

Et là, un coup de pied au cul ou une tape derrière la nuque, c'est selon : les premiers sont passés il y a plus d'une heure !!
Pourtant on n'a pas été si ridicules que ça puisqu'on en a doublé en route. D'ailleurs, on doit être dans les 20ièmes sur les 35 au départ, et d'autres arrivent encore :

On ne sera jamais à l'heure à Marcillat, ça ne fait aucun doute.
On se remémore alors les paroles de Pierrot au Briefing :" 3 mn de pénailté par CP manqué, et mise hors course en cas de retard sup à 30 mn. A vous de bien établir votre stratégie..."
Mais notre stratégie est claire ! On est venu aussi et beaucoup pour ce principe de parcours de concentration, unique dans les Rallyes moto modernes. On est venu pour se taper 574 km de petites routes, de nuit, pour rejoindre Marcillat. Alors on va aller au bout du délire, et on va ce les taper un à un ces maudits 574 km, sinon on va le regretter toute notre vie !
Et puis, au vu de la moyenne générale, personne ne sera à l'heure à Marcillat, donc pas dit que la mise hors course soit pleinement et rigoureusement appliquée.
On verra bien. Allez, une dernière RedBull, un dernier café-snickers, et en selle. C'est qu'on habite pas ici nous, et on n'est pas venu pour acheter le terrain.
On repart le mors entre les dents, mais la fatigue est palpable. On a tour à tour nos coups de pompe, qui se traduisent par des trajectoires de mygale et/ou une navigation approximative. Etre à 3 ça aide bien. Je pense que seul, dans ces conditions, pour moi ça aurait été jardinage garanti.
Au bout d'une paire d'heure je sens Eric et Marco mûrs pour une pause. Il doit être dans les 8h30, et il nous reste facile encore 200 bornes à parcourir (soit 375 km parcours depuis minuit - oui, je sais, on se traine)...
On sent la motivation faiblir. On a roulé sans quasi débander depuis minuit, et il nous reste encore au bas mot pour 3 plombes, voire même 4 au rythme où l'on roule. Pour une arrivée prévue à 9h41+1h de rab, c'est mort.
Histoire de corser le tout, la batterie de la Triumph fait des siennes et décide que la journée est finie pour elle. Ce qui finit d'achever d'Eric, qui saute sur l'occasion pour décider que ça suffit merci, et une fois la moto redémarrée par la grâce d'une belle pente qui passait par là, trace direct sur Marcillat avant de se retrouver à cours de batterie et de coco.
Marco et moi nous remettons en route, en mode 'pilotage automatique', genre on ne sait plus vraiment à quoi ça rime tout ça mébon, puisqu'on est là autant rouler.
Une dernière pause essence vers 11h, le temps de laisser venir la drache à nous. Marco commence à lacher du lest. Pour ma part le fait de me savoir presque arrivé me donne des ailes et je donne un dernier coup de collier, dont les derniers km sur la grande départementale qui mène à Marcillat, prise à toc alors que c'est une patinoire. L'abus de Red-Bull semble avoir des effets dommageable sur ma capacité de jugement, mais rien de tel pour se révéiller et affuter ses sens avant la journée qui s'annonce longue et éprouvante...
On finit par pointer nos mines déconfites à Marcillat à 12h40, après les 574 bornes les plus éprouvantes de ces dernières années !

(sur la gauche ce n'est pas moi mais ça aurait très bien pu).
Et là, Miracle, on me dit "Va te reposer, voici ton ticket, tu repars dans 2 heures !"
Je ne sais plus trop si je suis soulagé à l'idée que cette fichue mise hors course semble avoir fait long feu, ou terrorisé à l'idée de devoir repartir pour un tour dans 2h, toujours sous la flotte et sur des routes sans aucun doute au moins autant pourries.
Je me précipite dans la chambre d'hotel pour me reposer un peu, appelle Filipe pour organiser le changement de RB, le ravitaillement en bouffe et en essence, bref je suis remonté à bloc pour enchainer lorsque celui-ci m'annonce "Calme-toi, vu l'heure à laquelle tu as pointé, tu es hors-course. Ca s'arrête là pour toi ! ".
Ouch ! Tu parles d'un couperet. On était venus pour en chier sur 1300 km, et on n'a même pas parcouru la moitié que l'aventure s'arrête déjà.
Renseignement pris, je suis effectivement hors course, comme la majorité des concurrents, puisque 44 seulement auront pointé à l'heure. Dont Eric, qui avait coupé court, mais qui ne semble pas être le seul...
La blase.
Incompréhension, écoeurement se lisent sur les visages. Tout ça pour ça ? Respecter l'esprit et être privé de course, quand d'autres ont préféré tronquer pour pointer à l'heure ?
Quel est le sens de tout ça ?
De toutes façon il pleut, on est crevés, on est blasés (y'a qu'à voir la tête d'Eric), donc on va noyer notre chagrin dans le champ de boue du parc coureur, avec nos potes.

Picoler sous la tente avec mes potes, ce n'est pas exactement comme ça que j'avais imaginé mon vendredi, mébon, il y a pire dans la vie, alors on essaie de prendre ça avec philosophie. On est trop mauvais pour notre degré d'intégrité, faut qu'on assume...
Juste déçu quand même pour Corinne, venue spécialement pour nous voir, et privée de spectacle, et Filipe & François, à qui on avait vendu un truc super qui tourne finalement en eau de boudin...
Pour la peine je me ressers une seconde fois de salade de pâtes, tiens !

A suivre....









