JOUR 3
Etape 1
Et puis le réveil sonne...tôt.

C'est le jour que tu attends depuis des mois. Le départ de ton premier rallye!
Il fait beau, un café, un fruit, de l'eau, un autre café et je pars en pré-grille. Nawfel est parti devant depuis quelques minutes. Olivier, il y a une heure, pour être devant Vixente Jouanen: the number 1!
(Il n'a pas voulu me laisser son numéro de plaque pour que je puisse rouler avec mon pote pendant le rallye!!

)
Et là, sur la route pour rejoindre le centre ville, ma visière qui se décroche d'un coté (grrr...!)
Je me cale derrière un GS et j'essaye d'éviter le regard de Thérèse Derrien, qui gère la pré-grille, ma visière en vrac!
Passage sous la tonnelle, remise du carton, j'essaye de noter tout de suite mon temps, mais la calculatrice horaire ne fonctionne pas.
Je prends la route, ému, en tentant de rouler normalement. Au premier tiers, de la longue ligne droite qui sépare Le Grand Lucé du Mans, j'ai du bruit dans le casque, en voulant fermer ma visière, la fixation gauche saute à nouveau.

Je m'arrête sur un dégagement, retire mon casque, remet tout en place, vérifie une fois de plus, au rythme des concurrents qui passent et enquillent vers le circuit. J'arrive enfin au circuit avec un peu d'avance, j'en profite pour rater l'entrée du parking.

Grands gestes des bras des bénévoles à la grille, en passant, je lui lache : "ça m'étonnerait pas que j'achète du terrain aujourd'hui". Me voilà avec ma série Rallye 1 pendant que les top-paillotes finissent leur spéciale.
Nos potes-assistants sont déjà là, et j'ai le temps de boire un peu d'eau, d'enlever le pull pour le matin...
Petit briefing pour la piste, on démarre et la meute se lance sur la pitlane pour un tour de chauffe. La piste est réellement impressionnante, et le soleil rend le spectacle grandiose.
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J'arriverai à dépasser un concurrent, mais le manque d'expérience de la piste et l'envie de voir la suite du rallye calmeront mes élans.
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Je croise Sandrine, toute souriante sur la pitlane, avant de reprendre la route pour le parc de regroupement de 50min où un café est offert. C'est l'occasion de faire le tour des machines, saluer les têtes connues, se sécher de la transpi des tours de circuit, puis retour, avec contrôle radar de l'orga

dans un village pour rebrancher les cerveaux (!), par les petites routes vers le Grand--Lucé et une assistance de 20min.
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Crédit:Noémie.b.photography
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Crédit:Noémie.b.photography
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Crédit:Noémie.b.photography
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On est sous le cagniard avec Nawfel, dans la rue principale avant la place de la Rép, et on se demande où est l'assistance? une bouteille d'eau aurait été bienvenue.
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Crédit:Noémie.b.photography
On repart sur la boucle bleue de l'étape 1. Le RB est clair et j'arrive à l'ES de Lhomme. Premier départ au compte à rebours pour moi!
Je découvre la spéciale - non chronométrée - n'ayant pas fait la reco (Pas la tête!

). Pas de stress, j'ai encore beaucoup de route à faire jusqu'à ce soir.
Et je reprends le tracé jusqu'à la l'ES de Thoiré, restant à 90km/h en forêt, persuadé qu'il y a un contrôle dans la ligne droite limitée à 50...en fait non!
Je retrouve Andy avec son 1290 ADV: il s'est fait piqué au cou avant l'ES.
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Celle là, c'est du sérieux. Du technique, pas pour les poireaux de mon espèce: une grande descente se termine par une équerre à droite et justement...il se met à pleuvoir.

Des gravillons, des plaques de goudron, de l'herbe au milieu et une bonne couche d'humus dans le dernier gauche en côte au pied du damier! Quand je me pointe là, un gars sort son trail du fossé, un bon paquet d'herbe sur le crash-bar!
Ça calme...
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Retour au paddock pour la pose de midi avec 50 minutes d'assistance.
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Crédit:Noémie.b.photography
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Le temps de faire le plein, d'engloutir du salé, du sucré, 2 cafés. Les gars ont bichonné ta visière, graissé la chaine et même nettoyé les phares: un vrai team de Moto-GP.
Un grand merci à eux pour ce week-end.
Nawfel ne pourra pas repartir, il a fait une sortie de route dans l'ES de Thoiré et a percé son carter droit. Il comprend tout de suite que le rallye s'arrête là, et prend la chose avec philosophie. Respect!
Olivier est déjà reparti et j'hésite à mettre mon sac poubelle pour la seconde boucle.
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Ça repart pour la deuxième boucle, il fait lourd et la fatigue de la digestion se fait sentir. Rapidement, la pluie s'en mêle et je retrouve les mêmes groupes sur la route: le duo en Africa - on a quasi fait tout le routier en se doublant à tour de rôle, le T7 et une autre bécane qu'il avait dans sa roue, le MT09 vert aux yeux rouges et quelques autres. Ça ne va pas durer: au milieu des champs, je négocie mal un virage à gauche, et ne voulant pas couper le tas de gravillons central, j'élargis la courbe sur une plaque de goudron, jusqu'à regarder le foisonnement de l'herbe fraiche et de finir par coucher le KT dans le fossé.
M.....Comment je vais sortir de là. Je tire, je pousse, la brêle bouge à peine. J'entends un groupe qui s'arrête, me demande si je suis ok pendant que je tire en vain sur le bestiau. Un d'eux me lance: "on la sort?". Je braille: "ouais, on la sort". Les autres repartent, il pleut, j'ai les bras qui posent sur l'airbag explosé. Le gars connait la manoeuvre, façon off-road: on sort d'abord l'arrière.1, 2, 3, go". "Ok, l'avant,maintenant". Moi: "fait gaffe à la tablette, j'en ai besoin". " 1, 2, 3, c'est bon?"
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https://m.youtube.com/watch?v=xW2DoRNHF2s
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Ouais, c'est bon...le KT démarre au deuxième coup, je le remets sur le bitume. Le gars repart pour son rallye. Merci mec! J'ai le guidon qui penche à gauche, mais la moto roule droit.
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Il pleut, j'ai un paquet d'herbe fraiche pris dans la béquille, l'airbag qui me comprime et me rassure en même temps et j'essaie de reprendre mes esprits

en direction de la seconde ES de Lhomme. Le gars qui m'a sorti du fossé - et sauvé mon rallye- explique la situation au Commissaire du CH pour récupérer sa pénalité. J'espère que son arrêt n'aura pas bousillé son rallye.
(Ça aura un effet pour la suite du mien)
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Autant dire que je subis les deux ES suivantes, content d'être toujours sur mes roues. La pluie fait maintenant partie du rallye: Thérèse nous avait prévenus: "au Rallye de la Sarthe, il pleut" dont acte!
Je ne calcule plus mes temps, je passe aux CH en général en retard
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De retour au Grand-Lucé, je croise Sandrine qui jardine sur le parking de l'Inter.

Elle semble presque aussi perdue que moi. Où sont Magali et Diane, ses deux co-équipières???
Nous remontons ensemble vers le CH de la place de la Rép et on franchit la tonnelle cote à cote, comme à la parade, sous les commentaires inaudibles du speaker.

Le temps d'arriver sur la départementale, elle n'est déjà plus là. Je revérifie mon RB pour la seconde boucle (la jaune) et je reprends la route seul. Je suis concentré, je roule à mon rythme et bientôt, des concurrents me dépassent. Puis certains qui m'ont déja dépassés!!!.

Je pense d'abord que finalement les autres aussi ont visité du pays, histoire de voir s'il y avait du terrain à vendre. Puis, c'est au tour des groupes avec lesquels je roulais avant de faire du foin.
Quelque chose cloche et je percute avant de rejoindre le CH de la spéciale de Lhomme: mon compteur donne 135kms (Pas de jauge d'essence sur un SM). Donc j'ai zappé une assistance entre 2 boucles et repris 20 minutes sur mon retard, sauf que si la boucle fait plus de 120kms...c'est la panne sèche garantie (trempé sous la pluie)
Je demande aux Commissaires de course s'il y a une pompe à essence à proximité? Certains me répondent vaguement:" une fois sur le routier, tu fais comme tu veux...de toute façon, t'as pas le choix!!!
24'00" en me tendant mon carton en papier mâché
Le suivant a pitié et me dit:" à La Chatre, à gauche puis à gauche, il y a un Super U."
Je tilte: on y est passé jeudi aprem avec Sandrine pour faire le plein...Go!
Je reviens sur le tracé avec le plein, le temps est devenu relatif, je raccroche un concurrent perdu en GS 650 mais qui tartine bien dans la virole. Je roule vers l'ES de Thoiré, trempé, la fatigue, la soif, commence à s'installer. À gauche en sortant de la forêt, je n'arrive plus à rétrogarder en arrivant sur les gravillons, puis mon sélecteur se transforme en montre molle de Dali, comme en caoutchouc.
Les vitesses passent à la montée, mais plus à la descente!!! Je pense: axe de boite cassé, suite à ma chute à gauche de tout à l'heure. J'arrive à ralier le CH de Thoiré en 4ième. Andy vient me voir, je lui dis: j'ai plus de sélecteur!!!".Lui: "c'est rien. Tu as perdu la vis de fixation. Tu prends une vis sur ta moto et tu la mets à la place!!".

Il retourne à sa brêle pour pointer la spéciale alors que je sors ma frontale et mes douilles de clefs à cliquet. Je me suis justement arrêté au dessus d'une bande de fumier

pour inspecter le dessous de la moto. Ça fouette et ça finit par me faire sourire, quand arrive un gars en veste bleue, une bière à la main: " Tu veux que je tienne la moto pendant que tu regardes". "Ok,oui merci". La vis est toujours là, simplement desserrée. Quelques tours, je sers à fond: je suis éberlué et enchanté. Le temps de ranger mon bordel, je demande à mon "aide"-surprise, s'il fait partie de l'orga et s'il a une autre bière: on est pas mal là! Il me répond qu'il vient de se sortir dans la spéciale et qu'il était bien placé: c'est Bastien Rhodes! Je suis abasourdi!

...mais je dois me présenter au CH pour enquiller la spéciale détrempée et piégeuse. Avant d'arriver au pont, je me fais enrhumer dans la spéciale par le VTR de Matthieu Delmas

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Je sors de la spéciale et je rejoins le paddock dans un cocktail d'euphorie, d'épuisement,de ras-le-bol, d'excitation et de fierté.
Etape 1: P106/130
Etape2: la nuit
La pluie s'est arrêtée (ah?!) et la route est quasi sèche.
Arrivé au CH, l'équipe des filles ne faisant pas la nuit, elles sont dirigées vers le parc fermé pour une bonne demi-heure (le temps d'utiliser leur pisse-debout
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Crédit:Noémie.b.photography
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Faisant l'étape, je demande au Commissaire à quelle heure est mon départ. Il m'annonce 18h00: dans 15 minutes! Je remonte sur la place de la Rép, croise Olivier, c'est l'heure de départ du premier pilote. Les horaires sont introuvables.
Je descends au paddock et Nawfel trouve les horaires sur le site du rallye! Ouf! J'ai le temps de grignoter quelques crèpes et de boire de l'eau, de bourrer mes poches de madeleines. L'équipe fait le plein et je repars pour la meilleure boucle du rallye.
Il doit être 19h00, il fait encore bon, la route a séché et les files aux CH sont nettement clairsemées. De plus, le tracé commence à devenir "familier". Par contre, c'est samedi soir et il y a plus de voitures sur les routes. Je n'ai pas fait le point sur les chronos, mais c'est dans ces 2 spéciales que je me suis senti le mieux. Puis sur le retour, je me suis fait guider par un groupe pour sortir de la forêt (je crois un duo en ER6 blanche et un supermot)
Je suis maintenant le seul en course du paddock.Olivier est prêt à partir pour la dernière boucle de nuit. Le départ est autour de 22h30 après une pause de 50min(?)
Je ne prends même pas le temps de me changer: je mange tout ce qui me tombe sous la main: poulet, crèpes, saucisses, tomates, chips, bombec...de l'eau, un soda.
Nico, Elliot, Gérard et Danny s'occupent du KT: visière, essence, phares, chaine: des pros!
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Crédit:Noémie.b.photography
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Je m'assois...j'ai encore 20min avant la pré-grille
P64/96
Je démarre le 950, qui vient justement de passer les 140.000kms pendant l'aprem, et le temps de rejoindre la place de la Rép, une énorme averse nous asperge tous. J'aide Morgane à déverrouiller l'écran d'accueil de sa tablette dont la pluie bloque le tactile. Le ton est donné pour la nuit: trempé -heureusement, il ne fait pas froid.
Là, c'est 'Hollyday on Ice'

Le rythme a nettement ralenti (oui, c'est possible

) et chacun se concentre sur la prochaine figure qu'il pourra faire dans un carrefour ou en essayant de doubler. Les kilomètres faisant, je me retrouve à rouler sur la bande centrale de 3 centimètres d'épaisseur de gravillons pour ne pas aller sur les plaques de goudrons, et ça se fait bien!
Les dernières spéciales sont faites quasi à l'arrêt: hors de question de me sortir maintenant. Dans les phares, le public est encore là dans les virages pour encourager les jobars qui font des heures sup!
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Crédit:Noémie.b.photography
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Je veux rentrer,

je prends les lignes droites hypnotiques bordées d'arbres, jusqu'à voir un motard au bord de la route, sous la flotte, de nuit, en pleine forêt!

. Je m'arrête à son niveau, et ne voyant d'abord pas ses plaques, lui demande s'il fait le rallye et s'il va bien. Sa moto est en sens inverse de la route. "Il me répond que oui, qu'il a crevé et qu'un ami vient le chercher". Je le salue, passe la première et reprends la trace. Je veux rentrer au paddock, me changer, me mettre au sec... Je tourne à gauche pour sortir de la forêt mais je m'arrête net.Stop!
Impossible d'aller plus loin, pas avec un kit anti-crevaison sous ma selle. Impossible de dormir si je laisse le gars en pleine nuit sous la flotte en forêt. Et quoi?!
Je fais demi-tour et le retrouve au même endroit." Si je te laisse mon kit, tu sais réparer?". " Mais j'ai un kit"." !!!!!?

"."Mais le pneu est trop déchiré".
Ok, j'ouvre la selle, je sors la frontale (je veux rentrer

) je regarde le pneu et vas-y.
En attendant que ça vulcanise, je lève la tête et vois une plaque jaune(!

). "C'est ma compagne qui t'as appelé pour tes crashbars". On pourrait prendre le thé!...
Les bécanes et les sides défilent sur la route. Certains s'arrêtent pour savoir et repartent (je veux rentrer au paddock et finir ce rallye

)
Pendant ce temps, son pote arrive avec la remorque. Je dis à mon gars: tu mets 1.8 et tu finis ton rallye. Pas de remorque.

On range les outils et on repart jusqu'au Grand Lucé, où ne suivant plus le RB, je remonte vers la place qui est vide. Je redescends, pour enfin arriver dernier au dernier CH.
J'explique que je me suis arrété pour réparer le pneu du gars devant mais ça n'a plus d'importance. Je béquille le SuMo sur le parking. C'est fini.

Je fais un tour sur moi-même, seul au milieu du parking et de la nuit remplis de motos. Les groupes discutent et rigolent. J'embrasse mon vieux KT à coups de flash. On l'a fait ma vieille!
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Cyril est là, tout le monde semble content.
J'envoie un sms pour rassurer Sandrine: " je suis bien arrivé. Devines de qui j'ai réparé la roue". Il est 1h02 du matin
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G P86/130 non-classé pour dépassement de pénalités +30min
Rallye1 P39/57
Je suis impressionné et fier par la régularité et les performances de Sandrine.

Elle est vraiment à son aise sur le mouillé et trés appliquée dans le suivi du RB. Je crois que leur équipe féminine marche bien, et elle a déjà pris son ticket pour l'an prochain, elle l'a assuré à Emilie et Magali ne lui laissera de toute façon pas le choix.
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Crédit:Noémie.b.photography
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Elle est fière et contente de moi, car j'ai fini l'épreuve et que je suis tombé mais doucement!
Remerciements:
M et Mme Derrien et tous les organisateurs et bénévoles, les commissaires qui applaudissent au Bugatti, ceux et celles des spéciales, ceux et celles des CP, les spectateurs!
Toutes les grenouilles venues en nombre!
Merci à celui qui m'a sorti la brêle du fossé.
A Bastien pour le coup de main dans un moment pareil.
Bravo à Andy qui fait 25ième au scratch pour son premier rallye!
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Crédit:Noémie.b.photography
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Surtout merci à Mag et Olivier pour l'accueil, l'organisation et l'hébergement et aux Motards du Mans venus aider et nous soutenir dans la bonne humeur : Nawfel, Danny, Nico, Elliot, Gérard, Bruno, Ludo, Steffi, Henri et Noémie, Alexis, Lysiane

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Crédit:Noémie.b.photography
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Crédits photos:
Phil Bretaudeau
Eric Sauvage
Noémie.b.photography